Samir Amin's Tribute Written for Le Monde
Giovanni Arrighi, un éminent analyste de la mondialisation moderne
Né en Italie, décédé le 18 Juin à l’âge de 71 ans, Giovanni Arrighi compte parmi les plus éminents analystes critiques du système mondial contemporain.
Echappant à l’arrestation dans la Rhodésie coloniale pour s’être rangé aux côtés du mouvement de libération, Arrighi a approfondi durant son séjour en Tanzanie l’analyse de la dépendance du continent. Il a poursuivi ses travaux sur le système global contemporain au Centre Fernand Braudel de l’Université de Binghamton aux Etats Unis, dont le directeur était Immanuel Wallerstein, puis à l’Université John Hopkins à Baltimore.
Dès la fin des années 1970, Arrighi était de ceux – avec Franck, Wallerstein et Amin – qui considéraient que le capitalisme était entré dans une phase de longue crise systémique, marquée par la chute des taux de croissance dans ses centres dominants (et le système n’a jamais depuis retrouvé les taux antérieurs). L’hypothèse précoce que le capital réagirait par des délocalisations massives a été confirmée par la suite. Arrighi associait cette crise au déclin de l’hégémonie des Etats Unis. Ses points de vue ont été publiés en français dans deux ouvrages collectifs, La crise, quelle crise ? (Maspero 1982) et Le grand tumulte (La Découverte, 1991). Analysant les mouvements sociaux associés à la restructuration du système global, Arrighi portait son attention sur les bouleversements du mouvement ouvrier qu’elle impliquait.
Arrighi a par la suite élargi l’ampleur de ses analyses, dans ses deux ouvrages les plus récents (en anglais, Le long XXe siècle ; Adam Smith à Pékin). Arrighi, qui ne confondait pas capitalisme et « économie de marché », savait intégrer la longue durée dans sa vision de la formation du présent. Il analysait donc le capitalisme historique (« européen » d’origine) comme le produit d’une série de vagues successives antérieures, parties de Chine pour parvenir en Europe par le canal des villes marchandes de l’Italie de la Renaissance.
Samir AMIN, Président Forum Mondial des Alternatives